Publie le 12 aout 2026, le diagnostic de l'ONUDI chiffre le cout de l'acier vert a Jorf Lasfar et designe la certification, l'eau et la coordination comme les trois verrous a lever.
La semaine du 12 aout 2026 a livre un document de reference pour la filiere marocaine de l'hydrogene : le rapport de l'Organisation des Nations unies pour le developpement industriel (ONUDI), intitule Policy Gap Assessment for the Sustainable Production and Industrial Use of Green Hydrogen in Morocco. Realise dans le cadre d'un projet de preparation finance par le Fonds vert pour le climat, il quitte le registre de l'annonce pour celui du chiffrage.
Son constat central est resserre : la filiere est techniquement prete, mais trois verrous restent a lever avant tout passage a l'echelle industrielle. La certification de l'hydrogene, la disponibilite de l'eau et la coordination interministerielle. C'est un diagnostic de gouvernance et de competences autant que de technologie.
Pour la premiere fois, le potentiel de la siderurgie marocaine a ete evalue en detail. Le scenario etudie a Jorf Lasfar porte sur une production annuelle de 800 000 tonnes de fer directement reduit. Il suppose un electrolyseur de 246 MW, adosse a 638 MW d'eolien et 513 MW de solaire, pour un investissement total de 2,47 milliards de dollars. L'intensite carbone passerait de 387 a 315 kg d'equivalent CO2 par tonne.
Le volet eau est chiffre separement : une unite de dessalement de base de 2 000 m3 par jour representerait 6,5 millions de dollars, une installation de 10 000 m3 par jour environ 32,7 millions. A l'echelle de la filiere, l'ONUDI evalue le besoin de financement industriel a environ 6,5 milliards de dollars.
L'architecture financiere existe. Au niveau national, le dispositif Green Invest de Tamwilcom couvre jusqu'a 40 % du cout des projets verts, dans la limite de 10 millions de dirhams par operation, tandis que le programme Damane Istitmar peut atteindre 20 millions de dirhams par projet. S'y ajoutent la BERD, la Banque europeenne d'investissement, l'AFD, la KfW allemande, la Banque mondiale et la Banque africaine de developpement, ainsi que des accords bilateraux avec la Suisse, la Norvege, Singapour et la Coree du Sud. La cible affichee est de mobiliser 2 milliards de dollars a horizon 2030 pour la decarbonation industrielle.
L'ONUDI recommande la creation d'une structure nationale dediee a l'industrialisation de l'hydrogene, chargee de coordonner administrations, industriels et financeurs autour de projets bancables. Masen, l'AMEE, l'IRESEN et l'ONEE restent les operateurs institutionnels du dispositif, l'OCP visant un approvisionnement en ammoniac vert a horizon 2030-2040.
Un point du rapport merite l'attention des directions des ressources humaines : interrogees sur leurs besoins de renforcement de capacites, les administrations marocaines placent la certification de l'hydrogene et la conformite au mecanisme carbone europeen (CBAM) en deuxieme position, juste derriere les normes de securite au travail. Autrement dit, le premier goulot d'etranglement identifie n'est pas l'ingenierie de procede, mais la capacite a documenter, tracer et faire certifier une production.
Pour les employeurs de la filiere, cela dessine des besoins concrets :
Ces profils sont transversaux. Ils ne se recrutent ni dans le seul vivier des energies renouvelables, ni dans celui de la siderurgie classique. Les entreprises qui anticipent le passage a l'echelle auront interet a construire ces competences par formation interne et mobilite, plutot qu'a attendre un marche de candidats qui n'existe pas encore au Maroc.
Le calendrier reste ouvert : le rapport decrit un cadre a completer, pas une decision d'investissement actee. Mais il indique clairement ou se situera la tension sur les competences si les projets se confirment.
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