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IA souveraine : l'État confie ses data centers à Jazari Root

Des arrêtés publiés au Bulletin officiel confient à l'institut Jazari Root les data centers, le calcul haute performance et l'IA souveraine de l'État. Les besoins en compétences se précisent.

Le 17 août 2026, il a été rapporté que les conventions constitutives des quatre premiers instituts Jazari, approuvées par arrêtés conjoints de la ministre de la Transition numérique et de la Réforme de l'administration, Amal El Fallah Seghrouchni, et du ministre délégué chargé du Budget, Fouzi Lekjaa, datés des 16 et 22 juillet 2026 et publiées au Bulletin officiel, attribuent à l'institut Jazari Root le développement des infrastructures de l'État en matière de centres de données, de calcul haute performance et d'intelligence artificielle souveraine.

L'information ne crée pas un projet nouveau : elle fixe par écrit qui porte quoi. C'est précisément ce qui manquait aux annonces successives des derniers mois.

Ce que les textes précisent

Jazari Root est constitué en groupement d'intérêt public (GIP). Lancé le 12 janvier 2026 à Rabat, il est présenté comme le noyau coordinateur du réseau, avec un campus dédié à l'ingénierie et à l'incubation et un centre de données souverain de 50 MW prévu à Rabat. Autour de lui se déploient des instituts thématiques : Jazari Industrie X.0, lancé le 10 mars 2026 à Fès avec quatre universités de la région Fès-Meknès, Jazari Smart City à Marrakech, Jazari EduTech pour l'éducation, et Jazari Énergies renouvelables à Dakhla.

Le statut de GIP a une conséquence concrète pour les candidats : les modalités de recrutement, de rémunération et de gouvernance relèvent d'un cadre public négocié, distinct de celui d'un intégrateur privé ou d'un opérateur télécom.

Une infrastructure encore largement à construire

Le décalage entre les ambitions et l'existant reste important. Selon un recensement publié par Le360, le Royaume comptait 14 installations pour environ 1,5 MW effectivement en service au deuxième trimestre 2026, avec 140 MW en construction et 400 MW déjà planifiés. Les capacités se concentrent sur Casablanca-Settat, six installations, et Rabat-Salé-Kénitra, quatre installations.

Le projet le plus visible est celui de Nouaceur, près de Casablanca : un consortium réunissant le sud-coréen Naver Cloud, l'américain Nvidia et l'opérateur Nexus Core Systems, pour un investissement chiffré à 1,2 milliard de dollars et une cible affichée de 500 MW alimentée en énergie renouvelable, avec TAQA Morocco comme fournisseur d'électricité. La première phase annoncée porte toutefois sur une capacité bien plus modeste et une cinquantaine d'emplois directs.

Les compétences que cela appelle

  • ingénierie critical facilities : haute et basse tension, secours, refroidissement liquide
  • exploitation 24/7 : techniciens data center, supervision NOC, outils DCIM
  • plateformes de calcul : administration GPU, HPC, MLOps
  • cybersécurité et conformité : SOC, protection des données personnelles, homologation
  • fonctions support rares : achats techniques, juristes de la commande publique, gestion de programme

Un point mérite d'être dit sans emballage : un centre de données emploie peu de monde une fois en service. L'essentiel des postes se situe en phase de construction, puis en aval, dans les services et les usages que l'infrastructure rend possibles.

Ce que cela change pour les employeurs

Les stratégies Maroc Digital 2030 et Maroc IA 2030 visent environ 240 000 emplois numériques et une contribution d'environ 10 milliards de dollars au PIB à horizon 2030. Ce sont des objectifs affichés, pas des créations constatées. La prudence s'impose donc dans la lecture des annonces, mais la direction est claire : la demande se déplace vers des profils d'infrastructure et de sécurité, plus rares que les profils de développement applicatif.

Trois conséquences pratiques. D'abord la localisation : Fès, Marrakech et Dakhla entrent dans la carte des postes qualifiés, ce qui suppose des politiques de mobilité réelles. Ensuite la concurrence salariale : les opérateurs télécoms, les intégrateurs et les nouveaux GIP vont puiser dans le même vivier restreint d'ingénieurs réseau et sécurité. Enfin le calendrier : entre la publication d'un arrêté et la mise sous tension d'un centre de données, il s'écoule plusieurs années. Les plans de recrutement doivent suivre les mises en service, pas les communiqués.

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